L’ITTF en déficit de 14 millions de dollars : le marché américain en cause
Image : WTT
Publié presque en même temps que l’annulation du Contender de Buenos Aires prévu en juillet, le compte de résultat de l’ITTF a fait l’effet d’une bombe sur la planète ping : l’instance internationale est en déficit de plus de 14 millions de dollars entre les exercices 2024 et 2025, à cause, notamment, d’une explosion de ses dépenses sur le sol américain. Pour Petra Sörling, présidente de l’ITTF, le jeu en vaut la chandelle à deux ans des JO de Los Angeles. Édito de la newsletter du 3 juin.
On le rappelle, l’année 2025 fut la toute première où le circuit WTT a fonctionné tel qu’il a été pensé lors de sa création en 2020 : un système inspiré de l’ATP, avec quatre Grands Smashes dans trois continents, six Champions, et de multiples évènements à travers le globe, en plus de la course aux titres majeurs traditionnels (coupe du monde, championnats du monde, Jeux Olympiques). Un projet sportif et institutionnel d’une ampleur immense, dont l’objectif est de faire rayonner le ping partout dans le monde… quoiqu’il en coûte. Car oui, quiconque a déjà eu la chance d’assister à un évènement WTT le sait : l’investissement technique est le même du premier au dernier jour, que la salle soit pleine ou tristement vide. La situation alarmante visible sur le compte de résultat de 2025 – un déficit de 14,3 millions de dollars, contre un excédent de 1,5 million sur l’exercice précédent – ne nous étonne pas tellement : elle va dans le sens de ce dont on s’aperçoit à quasiment chaque tournoi organisé dans un pays à la faible culture pongiste. En premier lieu, les États-Unis.
Le Smash de Las Vegas au cœur du débat
L’ITTF a dépensé un peu plus de 85 millions de dollars en 2025, contre un peu moins de 60 millions en 2024. Cette explosion des sommes déboursées s’explique notamment par l’ajout d’un quatrième Grand Smash dans le calendrier. Singapour et Pékin sont restés en place, mais celui d’Arabie Saoudite a été remplacé par un évènement en Europe (Malmö en Suède, bastion de Truls Moregardh) et un aux États-Unis, à Las Vegas, bastion d’aucun joueur phare. Et c’est un peu le problème, du fait du coût de la main-d’œuvre américaine, de la location des deux arènes climatisées, et de la logistique technique, le United States Smash fut sans doute le plus cher de l’année (estimations autour de 15 millions de dollars, contre deux fois moins pour celui de Malmö), pour une fréquentation, on s’en souvient, très légère du fait de l’aura du ping dans ce pays, et du prix des billets (170-220 dollars). Petra Sörling nuance le bilan : « En tant que sport mondial, nous devons investir dans de nouveaux marchés. L’un des investissements que nous avons réalisés concerne le marché américain. Et avec les Jeux olympiques de Los Angeles en 2028 qui approchent, nous verrons un retour sur investissement. Mais bien sûr, il nous faut rester prudents. »
Reste à savoir si les résultats seront meilleurs en déplaçant le tournoi de Las Vegas à Los Angeles cette année, comme une première répétition en vue des Jeux de 2028, pour laisser une dernière chance à l’édition de 2027 pour vraiment créer une hype pongiste au pays de l’oncle Sam. En attendant, ces résultats financiers ont eu une première conséquence, annoncée à demi-mot par Sörling : "Une réduction significative des frais généraux et des coûts de structure à partir du second semestre 2026, ainsi qu’une concentration sur des événements plus rentables". Première victime : le Contender de Buenos Aires, qui souffrait déjà de la désastreuse politique sportive argentine, et qui a été tout simplement gommé du calendrier par l’ITTF, provoquant l’ironie des lanceurs d’alerte de la première heure. Ambiance.