Singapore Smash : ce n’est plus une domination, c’est une ère
Image : WTT
Le scénario s’est répété. Quand ils sont là, rares sont ceux capables de les faire tomber. À Singapour, Wang Chuqin et Sun Yingsha ont rappelé au circuit mondial que la hiérarchie n’est pas une suggestion. C'est une loi.
Wang Chuqin, roi sans partage
Il y a des favoris, et il y a des évidences. À Singapour, Wang Chuqin appartenait clairement à la deuxième catégorie. Le n°1 mondial a traversé le tableau avec une sérénité presque insolente. Deux petits sets concédés avant la finale, une maîtrise tactique impressionnante, et cette capacité à accélérer quand le danger se présente.
Il faut rappeler, quand même, qu’en huitième de finale, Anders Lind était à une manche partout sur le Chinois et menait 7-1 dans la troisième. Mais le champion du monde a joué la carte de l’expérience comme en demi-finale, où il a mis fin au parcours héroïque de Félix Lebrun (4-1), après avoir été aussi bousculé d’entrée. Mené, testé, provoqué : Wang Chuqin a simplement haussé le ton.
En finale, face au métronome taïwanais Lin Yun-Ju, le Chinois n’a laissé place à aucun doute (11-3, 11-8, 11-8, 11-9). Intensité maximale dès les premiers échanges, démarrages supersoniques, variations millimétrées. Chaque tentative adverse semblait revenir plus vite, plus lourde.
Ce deuxième sacre à Singapour porte à cinq son total en Grand Smash. Plus marquant encore : il n’a plus perdu le moindre match en Grand Smash depuis un an. À ce niveau, on ne parle plus seulement de domination. On parle d’ère.
Sun Yingsha, la reine
Si Wang règne chez les hommes, Sun Yingsha fait bien plus que défendre son trône : elle l’agrandit.
Opposée en finale à sa rivale de toujours, Wang Manyu, la n°1 mondiale a remporté un duel d’une intensité rare (11-8, 11-9, 7-11, 6-11, 12-10, 11-9). Deux joueuses qui se connaissent par cœur, des échanges à haute intensité, un public suspendu à chaque balle.
À 2-2, tout pouvait basculer. Wang Manyu a même senti le titre à portée de main. Mais Sun Yingsha possède ce supplément d’âme qui transforme les grandes joueuses en championnes historiques. Elle a sauvé des balles décisives en s'accrochant, et quand l’ouverture apparaît, elle frappe sans trembler.
Troisième titre à Singapour. Dix-huitième sacre sur le circuit WTT. Et cette sensation persistante : quand elle est en finale, l’issue est presque écrite.
Les frères Lebrun et les Brésiliens brisent le plafond asiatique
Dans un tournoi encore largement dominé par l’Asie, une brèche historique s’est ouverte en double messieurs et double mixte.
Félix et Alexis Lebrun ont remporté leur premier titre en Grand Smash ensemble, en étouffant les Chinois Lin Shidong et Huang Youzheng en finale (3-0). Départ canon, pression constante, aucune hésitation dans les moments clés. Au-delà du titre, la portée symbolique est immense : ils sont les premiers Européens – et non-Asiatiques – sacrés en double en Grand Smash. Une révolte initiée la veille : Hugo Calderano et Bruna Takahashi sont eux devenus les premiers non-Asiatiques à remporter un tableau de double, en battant en trois manches les Sud-Coréens Lim Jonghoon et Shin Yubin, n°1 mondiaux.
Sabine Winter, la confirmation
Elle a longtemps fait figure de dernière résistante. Sabine Winter a signé le plus beau parcours (là aussi) non-Asiatique de ces dernières années en Grand Smash.
Tombeuse des légendes Zhu Yuling et Wang Yidi, l’Allemande s’est hissée jusqu’en demi-finale, nous pouvons le dire, frôlant même la finale. Face à Wang Manyu, elle a clairement eu ses chances : des balles de set dans la première manche, une large avance dans la quatrième. Mais à ce niveau, et face à la numéro 2 mondiale, la moindre hésitation se paie cash.
Défaite cruelle, certes. Mais un grand cap de franchi. Sabine Winter a prouvé qu’elle continue de progresser de jour en jour, et qu’elle peut bien rivaliser, tenir l’échange ainsi qu’imposer son rythme avec les meilleures. Dans ce paysage verrouillé, sa percée impressionne ; la voici n°11 mondiale.
Les Français entre promesses et confirmations
Derrière le triomphe en double, le clan tricolore repart avec d’excellents motifs d’espoir.
En simple, Félix Lebrun continue son chemin. Tombeur de Flavien Coton en huitième de finale et du tenant du titre Lin Shidong au tour suivant, il a tout essayé face à Wang Chuqin, mais a fini par céder (1-4). À 19 ans, il s’installe durablement dans le dernier carré des grands rendez-vous puisque c’est la troisième fois sur les 5 derniers Smashs.
Thibault Poret, lui, a impressionné par sa combativité. Victoire au mental sur Yukiya Uda, exploit contre Dang Qiu, avant de buter sur Truls Moregardh. Encore un tournoi de référence pour celui qui venait de faire finale à Chennai.
La confirmation est venue aussi de Flavien Coton. Le jeune Français a enchaîné deux victoires solides face à Benedikt Duda et Zhou Qihao avant de s’incliner face à son compatriote Félix en huitième. Maturité, audace, prise de risque : le futur frappe déjà à la porte.
Chez les dames, Audrey Zarif a réalisé une performance notable en sortant des qualifications, avant de tomber face à la redoutable Han Ying. Un pas en avant important dans un tournoi de cette envergure.
En doubles messieurs, il est impossible d’oublier de parler d’Esteban Dorr et de Florian Bourrassaud. Bénéficiaires d’une Wildcard, ils sont arrivés en demi-finale avec seulement une manche de perdue en éliminant notamment sur leur route les numéros 1 mondiaux Wong Chun Ting et Chan Baldwin (3-0). Au moment de soulever les trophées en simple, les visages étaient familiers. Wang Chuqin. Sun Yingsha. Tant qu’ils sont là, le suspense existe. Mais le résultat, lui, ressemble de plus en plus à une constante.