Laval 2026 : trônes gardés, trônes retrouvés

Laval 2026 : trônes gardés, trônes retrouvés

Image : Remy Gros / FFTT

 

Dans un Espace Mayenne de Laval plein à craquer, la 96ème édition des championnats de France a débouché sur la victoire en simple des têtes de série n°1 Félix Lebrun et Prithika Pavade, qui s’offrent chacun leur deuxième titre en sénior. À travers eux, ce sont les équipes de France qui ont envoyé un message à leur réservoir : le niveau attendu, c’est ça.

 

Les championnats de France sont toujours l’occasion de rendre un peu plus accessibles les équipes de France en faisant s’affronter leurs cadors, et de célébrer le ping tricolore dans la diversité de ses aspects et styles de jeu. Après une édition 2025 de transition, qui a vu les départs de figures comme Emmanuel Lebesson, Abdel-Kader Salifou ou Quentin Robinot, cette année fut celle des visages d’aujourd’hui et de demain. D’abord chez les dames en la personne de Léana Hochart, 18 ans, demi-finaliste en simple et sacrée championne en double avec Nina Guo Zheng (16 ans), mais aussi Cléa de Stoppeleire, tombeuse d’Audrey Zarif, et bien sûr Isa Cok et Prithika Pavade. Côté messieurs, si le carré final correspond trait pour trait à l’équipe de France ayant fait trembler la Chine aux derniers mondiaux – les Lebrun, Flavien Coton et Simon Gauzy – il y avait derrière eux, outre Thibault Poret, des joueurs devenus des habitués des WTT Feeder et Contender : Joe Seyfried, Rémi Betelu, ou encore Léo de Nodrest, surpris néanmoins par l’électron libre du tournoi, Sohan Gilles, qui aura su prendre deux sets à Alexis Lebrun en quart de finale.

Deux finales symboliques

Chose assez belle, les finales des deux tableaux simples ont parfaitement incarné les enjeux du tournoi : entre dominations confirmées et ambitions du réservoir. Chez les messieurs, la hiérarchie n’a pas vacillé. Pour la quatrième année consécutive, Alexis et Félix Lebrun se retrouvaient face à face pour le titre national. Une affiche devenue un classique du tennis de table français. Au terme d’un nouveau duel de très haut niveau, Félix a conservé sa couronne en s’imposant 4 manches à 2, confirmant un peu plus son statut de patron du ping tricolore. Derrière cette domination des frères Lebrun, la présence de Flavien Coton et Simon Gauzy dans le dernier carré rappelle néanmoins que la concurrence existe et continue de se structurer autour d’un groupe France particulièrement dense.

Chez les dames, la finale a raconté une autre histoire. Celle d’une championne installée au plus haut niveau mondial face à une joueuse qui frappe désormais avec insistance à la porte de l’équipe de France. Sacrée une première fois en 2022, Prithika Pavade a retrouvé son trône en dominant Isa Cok au terme d’une finale accrochée conclue à la belle. Menée puis reprise à plusieurs reprises, la n°31 mondiale a dû puiser dans ses ressources pour faire respecter son rang. Mais plus encore que le titre de Pavade, c’est la prestation d’Isa Cok qui a marqué les esprits. Après avoir notamment battu Camille Lutz et Léana Hochart aux tours précédents, la pongiste a poussé la favorite dans ses retranchements et démontré qu’elle possédait désormais le niveau pour rivaliser avec les meilleures Françaises. Lors de l’interview post-match, Prithika n’a d’ailleurs pas manqué de saluer la performance de sa jeune adversaire, soulignant tout le bien qu’elle pensait d’elle et son avenir.

La relève est là

Cette édition 2026 aura surtout confirmé que la relève est déjà là. Le symbole le plus éclatant est venu du double dames, où Léana Hochart (18 ans) et Nina Guo Zheng (16 ans) ont décroché leur premier titre national senior. Menées deux manches à zéro en finale face à l’expérimentée paire Camille Lutz / Audrey Zarif, les deux jeunes joueuses ont renversé la rencontre avec un sang-froid remarquable, allant jusqu’à sauver une balle de match avant de s’imposer. Un succès qui récompense deux des plus grands espoirs du tennis de table féminin français et qui pourrait constituer une étape importante dans leur installation sur le circuit international.

Dans cette dynamique, difficile de ne pas évoquer Albane Rochut. À seulement 13 ans, la Mayennaise disputait ses premiers championnats de France seniors devant son public. Si son parcours s’est arrêté dès les seizièmes de finale, la championne de France minime a laissé entrevoir un potentiel immense. Sa victoire en simple contre Margaux Rouet, un mois après une défaite frustrante face à la même adversaire aux championnats de France jeunes, ainsi que son parcours en double aux côtés d’Agnès Le Lannic, ont offert à l’Espace Mayenne quelques-uns de ses plus beaux moments d’émotion. Dans une compétition marquée par le renouvellement des générations, Albane a incarné l’avenir le plus lointain du ping français.

Au-delà des podiums, ces championnats ont également permis à plusieurs joueurs et joueuses de confirmer leurs ambitions internationales. Demi-finaliste en simple, Léana Hochart poursuit sa progression et semble désormais capable de viser une place régulière dans les tableaux finaux des WTT Feeder et Contender. Même constat pour Nina Guo Zheng, dont les performances la rapprochent progressivement du très haut niveau européen. Chez les messieurs, Joe Seyfried, Jules Rolland ou encore Rémi Betelu ont démontré qu’ils pouvaient prétendre à davantage qu’un rôle d’outsider sur le circuit international, tandis que la belle aventure de Sohan Gilles a rappelé que le réservoir français regorge encore de profils capables de créer la surprise.

À moins de deux ans des Jeux olympiques de Los Angeles, ces championnats de France ont ainsi livré un message clair. Les leaders sont toujours là, incarnés par les frères Lebrun chez les messieurs et Prithika Pavade chez les dames. Mais derrière eux, une génération ambitieuse, talentueuse et de plus en plus compétitive frappe à la porte.