Europe Smash 2026 : Félix Lebrun montre la voie du ping de demain

Europe Smash 2026 : Félix Lebrun montre la voie du ping de demain

Image : WTT

 

Auteur d’une semaine proche de la perfection dans tous les compartiments du jeu, Félix Lebrun s’est logiquement adjugé cet Europe Smash 2026, et succède à Truls Moregardh à la place de n°2 mondial. L’issue vertigineuse d’un tournoi à la hauteur de nos attentes, qui dessine un circuit international polymorphe, sans domination claire chez les messieurs, et où la notion même de classement mondial s’est vue particulièrement contestée. 

 

 

C’est désormais si clair qu’il n’est même plus nécessaire de le théoriser : le circuit mondial tel qu’il existe depuis l’introduction du ping aux Jeux Olympiques de 1988 touche à sa fin. Le temps de la domination chinoise – hégémonie la plus puissante d’une seule nation sur un sport depuis plus de trente ans quand on croise les études de SAGE Open, du Journal of Sport Science, et du Wall Street Journal – est en train de laisser place, chez les messieurs, à un circuit plus éclaté, dont le fameux hall d’honneur du WTT cette année est le témoin le plus éloquent. En effet, sur les trois Smash et les trois Champions joués en 2026, nous retrouvons quatre nations différentes titrées, sans avantage pour la Chine : Taïwan (Champions Doha), la France (Champions Chongqing, Europe Smash), le Japon (Champions Yokohama, US Smash), et la Chine (Singapore Smash). Là où l’Empire du Milieu tient encore la baraque, c’est sur les tournois historiques : Wang Chuqin a repris la coupe du monde à Hugo Calderano, et a mené les siens vers le sacre aux Mondiaux par équipes de Londres. Mais peut-on encore parler de domination quand tant d’autres brillent d’un éclat similaire, et se hissent au plus haut du classement mondial ? 


Félix, enfin le sacre

C’est la principale leçon de cet Europe Smash, et par extension de cette année 2026. Il y a un mot qui désigne ce que Félix Lebrun a accompli à Malmö la semaine dernière, c’est la démonstration. En ne perdant que trois sets face à trois joueurs différents sur toute la durée de la compétition, le prodige de Montpellier n’a laissé aucune chance à ses derniers adversaires, pourtant fraîchement titrés, pour certains, en WTT : Hugo Calderano au Star Contender de Sao José dos Campos devant Alexis Lebrun, Tomokazu Harimoto au Champions de Yokohama devant Oh Junsung. Époustouflant en service-remise, inarrêtable dans la diagonale du revers, il a retrouvé sa vitesse des JO 2024 tout en stabilisant la puissance acquise depuis. C’est que l’apanage du champion est de saisir les occasions. L’élimination précoce de Truls Moregardh, tenant du titre, tête de série 1 et n°2 mondial (si le tournoi recommençait tel quel demain, Félix Lebrun serait les trois) a totalement rebattu les cartes de la partie de tableau du Français de 19 ans, de quoi réveiller les appétits. 


Le bal des perfs

Le tournoi fut à ce titre particulièrement riche en performances de haut vol. Des joueurs et joueuses pour certains inconnus du grand public se sont imposés face à des cadors habitués du top 10 : Csaba Andras devant Dang Qiu, Jonathan Groth devant Lin Yun-ju, Pen Yu-han devant Honoka Hashimoto, Tomislav Pucar devant Jang Woojin, Annett Kaufmann devant Zhu Yuling, Miyu Kihara devant Chen Xingtong, ou encore Elias Ranefur devant Wen Ruibo. Ce dernier a notamment signé un tournoi extraordinaire, et incarné à lui seul le caractère presque suranné du classement mondial dans un tournoi de ce calibre. Son quart de finale face à Sora Matsushima s’impose d’emblée comme l’un des plus beaux, sinon le plus beau match de l’année. Totalement transcendé par sa position de dernier héros local devant un public qui avait porté Truls Moregardh jusqu’au sacre final, le n°64 mondial de 30 ans a poussé le vainqueur de l’United States Smash (et n°3 mondial) dans ses ultimes retranchements, au moyen d’un jeu mêlant puissance et virtuosité. Par ailleurs, nous pourrions évoquer le cas Omar Assar, qui a revêtu le costume du briseur de rêve en éliminant coup sur coup des auteurs de performance XXL : Csaba Andras, tombeur de Dang Qiu, puis Jonathan Groth, bourreau de Lin Yun-ju. Entre Ranefur, Ovtcharov et lui, l’expérience a fait mentir le papier à Malmö. 

Leur contrechamp féminin – l’expérience en moins – ce fut la Taïwanaise de 18 ans Pen Yu-han, n°69 mondiale, qui s’est hissée des qualifications aux quarts de finale en battant successivement Prithika Pavade, Honoka Hashimoto, et Miyu Nagasaki, pour finalement être stoppée par Wang Manyu après le gain de la première manche. L’exploit est colossal. Déception en revanche pour les Allemandes Nina Mittelham, Annett Kaufmann et Ying Han, très bien parties mais toutes les trois éliminées en huitième de finale. Leur leadeuse, Sabine Winter (n°8 mondiale), a quant à elle raté son Smash. La contestation de l’ordre établi a du reste pris le visage d’Alexis Lebrun, qui s’est offert, au terme d’un mois où il aura visité trois continents, Xiang Peng (vainqueur de Champions), et surtout Lin Shidong, ancien n°1 mondial. À lui seul, il a éteint les espoirs chinois d’avoir un joueur en quart de finale.


Cinq tableaux, trois drapeaux

Si tous ces éléments ne dessinent un ping nouveau, on ne sait pas de quoi il en retourne. En double et double mixte, le constat est similaire : en état de grâce toute la semaine, les frères Lebrun on atomisé les têtes de série 1 Lin Shidong et Wen Ruibo en quart de finale pour finalement s’offrir le titre devant les hongkongais Wong Chun Ting et Chan Baldwin. Chez les dames, Kuai Man et Wang Manyu ont chuté en quart devant Doo Hoi Kem et Ng Wing Lam, tout comme leurs compatriotes Wang Yidi et Chen Yi face à Hayata et Harimoto, têtes de série 1 et gagnantes du tournoi. C’est en double mixte que les toujours injouables Lin Shidong et Kuai Man ont remporté un nouveau Smash, en n’ayant perdu que deux sets en quatre matchs. Le palmarès final du tournoi est de ce fait passionnant, car on y trouve trois drapeaux répartis plutôt équitablement. Chez les messieurs, ce fut le Smash des Lebrun (trois trophées), la Chine s’offre le simple dames et le double mixte (trois trophées aussi), et enfin le Japon repart avec les honneurs du double dames (deux trophées). Mais derrière ce trio qu’on avait déjà retrouvé aux mondiaux par équipes de Londres, se joue une bataille où les notions de têtes de série et de classement sont mises à mal. Au regretté micro de RMC Sport, Alexis Lebrun en avait fait le constat au dernier Champions de Montpellier : “Le niveau global se resserre, tout le monde peut battre tout le monde.


Héritage

La concurrence est le principal moteur de la suprématie. On ne peut être le meilleur du monde sans être le meilleur chez soi, et si nous pouvions encore parler, il y a une dizaine d’années, de rivalités au sein de la nation dominante (entre Wang Hao, Ma Long et Zhang Jike, entre Ma Long et Fan Zhendong, plus tard entre Fan Zhendong et Wang Chuqin), on observe aujourd’hui une bataille beaucoup plus féroce au Japon, entre Harimoto et Matsushima, qui ne cessent de se disputer une place pérenne dans le top 3. Ce qu’avait et n’a plus vraiment la Chine, c’est cette concurrence interne qui rend les sièges éjectables. C’est si vrai que le pays a fermé ses frontières sportives cet été, et décidé de jouer la Super League locale sans étrangers. Nous disions au lendemain de la coupe du monde de Macao que Wang Chuqin est un homme seul, encore sans héritier, c’est encore plus vrai après une telle compétition. Il ne joue jamais aussi bien que lorsqu’il ne joue pas, et qu’on observe ainsi l’étendue de ce qui se trouve dans son sillage. Son héritage, et celui de la domination chinoise, c’est en fait ce nouveau circuit mondial, que ses compatriotes et lui auront tiré vers le haut à force de gagner. Félix et sa prise porte-plume inspirée de celle de son idole Chen Jian, sont autant une création française que chinoise. Et si, dans un petit club de province du Shandong, un gamin était en train de tenir sa raquette pour faire comme Félix Lebrun ?