La Chine écarte les étrangers de son championnat : un repli stratégique inévitable ?
Image : WTT
La nouvelle fut annoncée quelques jours après le sacre en double des vétérans Ma Long et Xu Xin, et juste avant le début de la Chinese Super League, où des joueurs comme Lin Yun-Ju, Kuo Guan-Hong, ou Kirill Gerassimenko devaient concourir. Un timing qui répond immédiatement à la question qu’il pose : plus bousculée que jamais, la Chine se replie sur son réservoir et ses méthodes, qu’importent les dégâts sur les carrières.
Chacun pour soi. C’en est fini, du moins pour un temps, de l’universalisme pongiste chinois. Nous avons appris jeudi la décision éclair et unilatérale de la CTTA d’écarter tous les étrangers de la Chinese Super League 2026, qui commence pourtant aujourd’hui. Lin Yun-Ju, Kuo Guan-Hong, Kirill Gerassimenko, et même Fang Bo, ancien international désormais engagé pour le Kazakhstan, ne participeront pas à cette édition, car y sont finalement admis que les joueurs et joueuses inscrits sur les registres nationaux de la CTTA, en d’autres termes : les pongistes engagés pour la Chine.
Un repli aussi soudain que prévisible : depuis plusieurs années, l’ouverture de cette ligue à des étrangers tels que Dimitrij Ovtcharov, Truls Moregardh ou encore Sora Matsushima, a permis à ces derniers de se familiariser avec la méthode chinoise, de se frotter au réservoir local, et de bénéficier du coaching le plus précis du monde. Il n'est pas exagéré de dire que le jeune Matsushima a été biberonné à l'excellence chinoise. On apprend des meilleurs : aujourd’hui, le règne de ce pays sur le ping masculin repose sur un seul homme : le n°1 mondial Wang Chuqin, vaincu sèchement en huitième de l’United States Smash par le danois Anders Lind. La rumeur veut d'ailleurs que celui-ci, sur place pour un stage, ait été invité à rentrer chez lui par les instances locales. Il en est de même pour Esteban Dorr et Florian Bourrassaud, qui avaient le projet de s'entrainer quelques jours à l'Académie de Fang Bo, mais qui on dû revoir au dernier moment leur copie. Fidèle à son sens du spectacle, la Chine ferme ses frontières la veille de l’évènement local le plus prestigieux de l’année, sans doute pour envoyer un message fort : le partage des connaissances techniques, c’est fini. En Chine, le ping est un sport collectif.
Un génie en gestation ?
Essayons de voir encore plus loin. S’il est assez clair que cette décision reflète les actuelles difficultés chinoises à remporter des titres internationaux quand Wang Chuqin est éliminé (Lin Shidong n’a plus gagné de grand tournoi depuis plus d’un an), elle montre aussi la nécessité de faire bloc autour des jeunes. Les Jeux Nationaux ont été remportés par Fan Zhendong, qui joue en Europe. La semaine dernière, Ma Long et Xu Xin ont été les vainqueurs “surprise” des championnats de Chine en double, à 36 et 37 ans. Ils ont beau être des légendes de ce sport, aucun des deux n’a joué de compétition internationale depuis 2024 (pour Ma Long, 2023 pour Xu Xin), et le premier est supposé être pris par ses responsabilités de vice-président de la CTTA. Cette victoire, assez facile (3-0 en demi puis en finale), notamment contre des joueurs comme Huang Youzheng et Xiang Peng, a montré l’impuissance du réservoir local à atteindre le niveau de leurs aînés.
Fermer la Super League aux étrangers devrait permettre aux instances techniques de se concentrer sur les axes de progression, de tester à huis clos de nouvelles méthodes, et plus globalement, de ne plus rien montrer au reste du monde en dehors des tournois internationaux. Terminons par une petite théorie : et si la Chine, à l’image du travail autour de Wang Chuqin, était en train de former en secret un ou deux jeunes hors du commun, en vue des futures échéances olympiques et mondiales ? Ne vaudrait-il pas mieux, en bons atouts qu’ils seraient, les dévoiler aux yeux du monde au moment fatidique ?