Wang Chuqin : si fort, si seul
Image : WTT
Le n°1 mondial a remporté dimanche sa première Coupe du Monde, après des combats de titan notamment contre Félix Lebrun, Darko Jorgic, et Sora Matsushima. Un nouveau titre majeur en individuel pour celui qui continue de s’affirmer comme le meilleur joueur du monde, mais qui l’isole aussi, plus que jamais, de ses compatriotes. Chez les messieurs, la Chine, c’est lui.
L’image avait de quoi saisir. Après être venu à bout de Sora Matsushima en finale, Wang Chuqin s’est écroulé au sol, bouleversé par ce qu’il venait d’accomplir. C’est dire si remporter cette première coupe du monde lui tenait à cœur, après ses échecs en demi-finale contre Ma Long en 2024, et Hugo Calderano en 2025. La réaction de Wang Hao aussi en dit long, lui qui s’est précipité sur son joueur pour le féliciter, le poing serré en direction de la délégation chinoise, qui s’est déplacée en masse à Macao. Le n°1 mondial a célébré cette victoire comme aucune autre : cris de triomphe vers ses fans, accolades avec Wang Liqin, le nouveau président de la fédération chinoise, et tous ses partenaires. Une libération qui intervient au terme de ce qui s’apparente à la compétition la plus difficile de sa carrière, où chaque tour aura pris des airs de supplice.
Dernier rempart
Sans Lin Shidong et Xiang Peng pour le seconder, Wang Chuqin s’est retrouvé seul face au monde dès les quarts de finale, une situation qui commence à se répéter. Homme à abattre, il fut poussé dans ses limites dès les huitièmes par Félix Lebrun (4-2) dans un duel encore plus musclé que leur choc de Las Vegas, puis en quart par Darko Jorgic, qui menait 3-1 et 9-6 avant que le Chinois ne renverse le match (4-3). En demi, il avait une revanche à prendre contre le tenant du titre, une configuration qui lui a fait sortir son tout meilleur ping (4-1), et en finale, il est allé chercher une revanche sidérante contre Sora Matsushima (4-3), enfant terrible de l’équipe japonaise et actuelle plus grande menace au règne du Chinois.
Quelque chose de crépusculaire
Si la coupe du monde 2025 était celle de la révolte du reste du monde contre la domination chinoise, l’édition 2026 fut celle du repli d’un empire sur un seul homme. Wang Chuqin est allé au bout, mais il n’avait jamais paru aussi vulnérable, malmené. Entre la genouillère qu’il porte depuis de sa carrière, et les multiples bandes kinésiologiques qui tenaient ses muscles en finale, le n°1 mondial a rappelé, à bientôt 26 ans, une évidence : il reste un être humain, soumis comme les autres à la pression physique d’une carrière au plus haut niveau. Tout palmarès mis à part, son niveau associant puissance, vélocité et précision n’a peut-être jamais été atteint dans l’histoire du ping, mais chacun sait – lui le premier au regard de ses réactions de victoire – qu’il ne saurait être éternel. Cette coupe du monde laisse une impression presque mélancolique : un jour, nous regarderons des tournois majeurs sans Wang Chuqin.
Il est le joueur le plus complet et le plus régulier de Chine. Celui qui gagne presque à chaque fois qu’il joue, peu importe l’adversité. Depuis le China Smash en septembre, il n’a lâché qu’au Finals de Hong-Kong, déclarant forfait pour des difficultés physiques après avoir renversé Sora Matsushima (4-3), justement. Macao 2026 a donné un avant-goût de ce que pourrait devenir le circuit mondial après lui : une arène sans favori, d’une homogénéité inédite depuis un quart de siècle. Quand la réserve chinoise l’a sorti de son chapeau magique, au milieu de l’ère Ma Long/Fan Zhendong, on sentait bien ce qu’il allait devenir. Aujourd’hui, on ne voit pas venir de profil équivalent, lui cherche-t-on même un héritier ? Des joueurs comme Lin Shidong, Wen Ruibo, Huang Youzheng ou Chen Yuanyu ont tout pour réussir, mais ce serait se mentir que d’y voir l’ombre d’une domination aussi écrasante. Reste à savoir si un nouveau monstre s’apprête à surgir pour soulager ce banc chinois, qui se lève beaucoup pour applaudir en ce moment. L’empire paraît ainsi plus grand, mais par ce geste, il laisse aussi son trône vide un court instant.