United States Smash 2026 : le coup de canon de la course Olympique ?

United States Smash 2026 : le coup de canon de la course Olympique ?

Image : WTT

 

Pile deux ans avant ses Jeux, Los Angeles a accueilli le gratin du ping mondial pour la deuxième édition du United States Smash. D’abord ronflante, la compétition fut dynamitée par les défaites prématurées des tenants du titre en simple, Wang Chuqin et Zhu Yuling, jusqu’à donner une idée claire du circuit mondial tel qu’il évolue depuis deux ans : un ping sans nation dominante, en tout cas chez les messieurs. 

 

 

Si, au beau milieu de la coupe du monde de football, nous ne sommes pas certains que cette deuxième édition de l’US Smash ait vraiment rassuré l’ITTF quant à l’intérêt du public américain pour le tennis de table, il est clair qu’elle a quand même incarné son avenir à plus d’un titre. Sans être le plus spectaculaire, le tournoi s’est imposé comme l’un des plus ouverts, sinon le plus ouvert, de l’histoire du WTT – preuve en est qu’on y a trouvé plusieurs primo vainqueurs de Grand Smash (Shin Yubin et Lim Jonghoon en double mixte, Sora Matsushima en simple messieurs, Yuan Licen et Wen Ruibo en double messieurs), ainsi que, pour la toute première fois, un finaliste en dehors du Top 30, en la personne de Vladimir Sidorenko. De plus en plus présent sur le circuit, le Russe jouant sous bannière neutre a signé un chef-d’œuvre à L.A., en enchaînant les perfs de haut vol dès les 16e de finales, notamment contre Benedikt Duda et Hiroto Shinozuka (quarts), mais surtout Tomokazu Harimoto (n°2 mondial) en huitième, et Truls Moregardh (n°3) en demi, au terme d’un match au scénario aussi taré que l’affiche l’avait promis. C’est la première fois qu’un joueur aussi bas dans le classement monte aussi haut dans un tableau simple de Smash, une petite année après l’extraordinaire parcours de Simon Gauzy, autre Hennebontais, à Malmö, où il avait atteint les demi-finales. À cet égard, le temps où les carrés finaux de Grands Smashes étaient couverts de rouge paraît bien loin. 

 

Surprises et favoris

Pour que la compétition masculine prenne cette tournure, il a fallu un choc, une détonation comme on en voit peu : le tenant du titre et récent champion du monde par équipes Wang Chuqin, invaincu depuis le Champions de Chongqing en mars, a une nouvelle fois buté contre le danois Anders Lind, une vingtaine de mois après le China Smash 2024. Un huitième de finale à haut risque parfaitement transformé par le n°12 mondial, dont on peut dire sans exagérer qu’il a sorti cette édition de sa dimension habituelle pour l’emmener dans celle de l’Europe Smash 2025, qui s’était joué, rappelons-le, sans Wang Chuqin. Le n°1 mondial domine tant la discipline que son absence dans un tableau de ce niveau est synonyme d’occasion rêvée, qui peut-être, pour certains, ne se représentera jamais. De quoi dupliquer la pression de ses compatriotes – Lin Shidong a craqué deux heures après contre Alexis Lebrun –, et l’appétit de tous leurs adversaires. Malheureusement pour lui, Anders Lind s’est retrouvé au tour suivant contre un garçon dont on n’a pas fini de parler. Sans doute l’un des plus éclatants prodiges de la petite balle depuis le début du siècle, en état de grâce toute la semaine, Sora Matsushima a écarté sans sourciller le danois par 4-0, après s’être défait de Kirill Gerassimenko, Omar Assar et Dang Qiu aux tours précédents, là aussi, sans perdre la moindre manche. Certes la vitesse de Félix Lebrun et le caractère de Vladimir Sidorenko l’auront privé du tournoi parfait (4-1 pour le premier, 4-2 pour le second), mais de manière générale, le Japonais a roulé sur Los Angeles avec aisance presque obscène, pour offrir à son pays son premier titre en simple.

 

La planète Sun Yingsha

L’évidence Matsushima sur ce Smash, laquelle n’est que la continuité de ce qu’il montre depuis plusieurs mois, dit quelque chose de cette course olympique qui se dessine peu à peu, et qui est la plus incertaine depuis au moins 20 ans et cinq éditions. Le Japonais est devenu très jeune l’un des meilleurs joueurs du monde, comme Félix Lebrun ou Lin Shidong il y a deux ans, et Truls Moregardh et Wang Chuqin il y a quatre ans. Cette victoire nous rappelle la vitesse à laquelle va le ping à mesure que la domination chinoise vacille. Ces derniers temps, quand Wang Chuqin perd, c’est l’Empire du Milieu qui perd. En revanche, il résiste farouchement chez les dames. Écartée en huitième de finale par une impressionnante Joo Cheonhui, la tenante du titre Zhu Yuling a laissé le champ libre à ses anciennes compatriotes de nation sportive, jusqu’à un carré final où une fois encore, Miwa Harimoto semblait bien seule face à Kuai Man, Wang Yidi et Sun Yingsha. C’est finalement cette dernière qui s’est adjugé un sixième titre en Smash, creusant une nouvelle longueur d’avance avec ses concurrentes. À deux ans des Jeux, deux drapeaux flottent au-dessus de Los Angeles. Difficile de ne pas voir dans l’absolue domination de Sun Yingsha et le génie de Matsushima, qui incarne à lui seul la pression sur les épaules de Wang Chuqin, un avant-goût olympique. Une idée de ce à quoi pourraient ressembler les Jeux s’ils avaient lieu demain.