Fang Bo sort de la retraite : le retour inattendu d’un destin malmené

Fang Bo sort de la retraite : le retour inattendu d’un destin malmené

Image : ITTF

 

Vice-champion du monde en 2015 et ancien n°8 mondial, le Chinois Fang Bo, 34 ans, a annoncé sortir de la retraite pour retrouver le circuit WTT, sous drapeau kazakhstanais. Un retour inattendu pour ce joueur d’exception, qui n’a, malgré son talent, pas su trouver sa place parmi ses compatriotes lors de l’âge d’or de la domination chinoise. Edito de la newsletter du 24 avril.

 

 

Définitivement, Fang Bo est un joueur à part. À contretemps. Officiellement retraité depuis 2021, le vice-champion du monde 2015 vient de faire l’annonce du mois : il s’apprête à faire son grand retour sur le circuit mondial, sous la bannière du Kazakhstan. Bien entendu toujours de nationalité chinoise, il pourra concourir dans tous les évènements WTT, mais ne participera aux trois tournois majeurs que sont la coupe du monde, les championnats du monde, et les Jeux Olympiques. Une situation qui n’est pas sans rappeler celle de Zhu Yuling avec Macao, permise par le règlement du WTT, en accord avec la fédération chinoise. Si ce retour est excitant sur le papier – Fang Bo étant un joueur aussi gracieux que redoutable – il est surtout passionnant à observer à l’aune de la situation actuelle du ping chinois, et de la physionomie qu’à pris sa carrière il y a dix ans. Comme si, alors que la suprématie de son pays montre des signes de fatigue, l’heure était venue pour lui de prendre une forme de revanche, même incomplète. 


L’homme de derrière

C’est que Fang Bo était en droit d’espérer mieux. Joueur calme mais fiable, moins virtuose que chirurgical, il a aussi été champion du monde junior en 2009, vainqueur de l’Open d’Autriche en 2013, et plusieurs fois vainqueur de la Chinese Super League avec le Shandong Luneng et le Tianjin TTC, aux côtés de joueurs comme Ma Long, Zhang Jike, Lin Gaoyuan ou plus récemment Wang Chuqin. Membre de la “génération 92”, cette année bénie pour le tennis de table chinois, qui a vu naître pléthore de grands joueurs et joueuses, il a subi la réalité de la concurrence locale, ayant pour plus redoutables adversaires ses propres compatriotes. Au fond, il n’était pas si différent d’un Liang Jingkun ou d’un Lin Gaoyuan en son temps, celui sur qui on compte sans jamais rien lui promettre. En 2015, alors n°14 mondial, il signe le plus grand tournoi de sa carrière aux championnats du monde de Suzhou (Chine), sortant successivement Xu Xin en huitième (4-3), Patrick Franziska en quart (4-1), et surtout le tenant du titre Zhang Jike en demi (4-1). En finale, il poussera Ma Long dans ses retranchements pour finalement s’incliner 4-2 ; match au cours duquel il a remporté ce qui est communément reconnu comme l’un des plus beaux points de l’histoire du ping. 


L’inaccessible Olympe

Miser sur la jeunesse ou miser sur l’expérience, la Chine ne prévient pas. Ce parcours à Suzhou aurait pu lui ouvrir les portes de Rio 2016, en tant que troisième homme fort de l’épreuve par équipes. Xu Xin lui a finalement été préféré, vu comme plus solide en double notamment. Après cette désillusion, on n’a plus beaucoup vu Fang Bo. Son heure de gloire entre deux éditions ne lui a pas permis d’imposer pleinement son nom dans la course olympique. Aujourd’hui, il est synonyme d’adversité, et de cette concurrence qui fait loi au plus niveau du ping chinois. Des comme lui, il y en a des centaines, voire des milliers. Cette seconde chance donnée par le Kazakhstan, pays très impliqué dans le ping, et où se dérouleront les Mondiaux 2027, lui donne l’occasion de régler quelques comptes. Un peu avec son ancienne nation sportive, beaucoup avec lui-même.