Coupe du Monde Mixte : les Bleus montent en puissance sur la route des Jeux de 2028

Coupe du Monde Mixte : les Bleus montent en puissance sur la route des Jeux de 2028

Image ITTF

 

Entre exploits et suspens jusqu’au bout, la Coupe du monde mixte de Chengdu a offert un condensé de tout ce que le tennis de table peut produire de plus intense. La France, imprévisible jusqu’au bout, a conquis une cinquième place pleine de caractère, tandis que la Chine a une nouvelle fois régné sans partage en décrochant un troisième titre consécutif. L’Allemagne a aussi écrit son histoire en devenant la première nation européenne à monter sur le podium.

 

 

Le parcours intenable des tricolores

La France a vécu une belle Coupe du monde. Dès le premier jour, les Bleus ont envoyé un message clair avec un 8-0 propre et net contre le Brésil, où le double Alexis/Jianan a lancé la machine avant que Prithika Pavade et Félix Lebrun ne déroulent. Une entrée en matière idéale… qui précédait un choc bien plus rude. Contre l’Allemagne, futur médaillé de bronze, les Français ont payé leur manque de constance. Pourtant, le premier match, une incroyable bataille gagnée par A. Lebrun et J. Yuan, 12-10 au troisième avait laissé croire à un coup possible. Mais Sabine Winter a étouffé Prithika, Benedikt Duda a fait plier Félix, avant que ce dernier et son frère craquent en double. Défaite plutôt logique 8-4. La réaction est venue contre la Roumanie dans un match en mode survie. Les Bleus ont tremblé, souvent même : Prithika Pavade renversée par Adina Diaconu, le double Yuan/Pavade balayé… Mais Félix Lebrun, en bon leader, a sonné la rébellion. Son 3-0 sur Eduard Ionescu a remis la France debout, et le double des frères, crispant puis irrésistible (15-13, 11-3), a offert une victoire-clef (8-6). La France restait en vie et accédait au “Stage 2”.

La deuxième phase s’ouvrait par une énorme frustration : 7-8 contre la Corée du Sud, un match où les Bleus ont été bousculés mais jamais résignés. Alexis Lebrun a signé l’une des plus belles victoires françaises en renversant Jang Woojin, puis les deux frères ont offert un double parfait (3-0). Mais les Coréennes, chirurgicales en fin de rencontre, ont scellé le sort du duel. Le lendemain, la France s’est relancée face à la Croatie (8-3). Un succès rassurant, porté par un duo Gauzy/Pavade héroïque au bout du suspense, une Charlotte Lutz qui a réussi à se libérer, et un Alexis Lebrun solide. Puis vint l’obstacle chinois : plus qu’un obstacle, une muraille. Battus 8-2, les Bleus ont néanmoins arraché un moment de bravoure, avec un Félix Lebrun étincelant face à Liang Jingkun, renversé grâce à une combativité rare.


La chute puis la renaissance

Le match le plus douloureux restera sans doute le 7-8 contre Hong-Kong. Une rencontre de haut niveau où tout s’est joué sur des détails : Simon Gauzy et Charlotte Lutz, héroïques face à respectivement Wong Chun Ting et Doo Hoi Kem… mais trois doubles perdus qui ont coûté très cher. Un match qui a fait mal, mais non sans souder le groupe. La renaissance est venue bien vite : un impressionnant 8-3 infligé à la Suède. On a vu une équipe de France relâchée, conquérante, brillante. Gauzy et Pavade d’abord, puis Lutz en pleine confiance, Alexis impérial contre Falck, et enfin, un double Lebrun irrésistible.

Reste le chef-d’œuvre : l’exploit contre le Japon, qui a fait basculer le tournoi des Bleus. Menés 0-3, puis 1-5, les Français se sont battus avec une énergie farouche, incroyable. Félix Lebrun a livré un match parfait contre un Harimoto devenu souffre-douleur du tournoi (3-0, mais on y reviendra), les frères Lebrun ont joué un double de feu (3-0), et Pavade/Yuan ont tenu bon pour valider un succès qui semblait impossible. 8-7, la France au sommet de sa résistance. Les Bleus n’ont pas seulement gagné le match : ils ont gagné le respect du tournoi, arrachant une cinquième place qui, au-delà du classement, raconte en live sa prise de maturité en vue des Jeux de Los Angeles 2028, dont l’épreuve par équipes, rappelons-le, se jouera sur une formule mixte.


La Chine, encore et toujours, l’Allemagne, locomotive européenne

Au Sichuan Gymnasium de Chengdu, la Chine a une nouvelle fois montré pourquoi elle reste l’empire incontesté du tennis de table mondial. Devant un public vibrant, les champions en titre ont survolé la finale face au Japon, s’imposant 8-1 avec une autorité presque intimidante. Dès le double mixte, Wang Chuqin et Sun Yingsha ont étouffé Matsushima et Odo dans un 3-0 sans respirations, avant que Wang Manyu ne poursuive le récital contre Miwa Harimoto. Puis Lin Shidong, transcendé par l’atmosphère, a offert au public un moment de bravoure en renversant Tomokazu Harimoto malgré un début difficile. Avec ce triomphe, la Chine décroche un troisième titre consécutif, marquant un peu plus son emprise sur la compétition. On voit mal qui peut les inquiéter en mixte.

Mais derrière ce géant, l’Europe a enfin trouvé un porte-étendard à sa mesure. L’Allemagne a signé une performance historique en décrochant le premier podium européen de l’épreuve, un bronze arraché au courage après une bataille épique remportée 8-7 contre la Corée du Sud. Dang Qiu, repositionné pour les doubles, a été l’étincelle du jour aux côtés d’Annett Kaufmann, tandis que Sabine Winter a mené une lutte haletante en simple face à Lee Eunhye. Patrick Franziska, revenu de nulle part après un premier set catastrophique, et le duo Dang/Duda, solide au mental lors de points cruciaux, ont ramené l’Allemagne à hauteur dans un match qui n’a cessé d’osciller. Tout s’est finalement joué sur un dernier double où Winter et Mittelham ont offert un 11-1 libérateur à la quinzième manche, déclenchant une explosion de joie sur le banc allemand. Un bronze mérité, historique, et surtout fondateur : l’Allemagne s’impose désormais comme la locomotive européenne à l’approche de Los Angeles 2028.


Diplomatie du ping pong 2.0

Un moment aussi inattendu que marquant a animé la compétition : la rencontre amicale entre Emmanuel Macron, présent en Chine pour une visite diplomatique, l’équipe de France et la sélection chinoise. Sourires, échanges de balles improvisés, images symboliques… Une séquence rare. Entre deux bords de table face à Wang Chuqin, le président français a félicité les Bleus pour leur capacité à renverser les situations. Les joueurs chinois ont également été salués. Une parenthèse protocolaire qui n’est pas sans rappeler l’époque de la diplomatie du ping pong dans les années 70, et ses échanges de joueurs américains et chinois. 


Chengdu, laboratoire géant pour les JO de Los Angeles 2028

En filigrane de la compétition, l’ITTF ne cesse de le répéter : la Coupe du monde mixte est plus qu’un tournoi. C’est le terrain d’expérimentation du format olympique qui fera son entrée à Los Angeles en 2028. Durant cette édition, la Fédération International a une nouvelle fois insisté sur cette dimension : la Coupe du monde mixte est un laboratoire technique, tactique et organisationnel. Petra Sörling, présidente de l’ITTF, souligne que chaque échange, chaque composition d’équipe, chaque adaptation stratégique prépare déjà les nations aux exigences olympiques. Pour Wang Liqin, président de l’Association chinoise, ce format transforme profondément le tennis de table en bousculant la frontière traditionnelle entre équipes masculines et féminines.

Chengdu 2025, avec ses 16 équipes et une audience estimée à plusieurs centaines de millions de personnes, a servi de répétition générale à grande échelle. Un test réussi, tant pour le spectacle que pour l’équilibre compétitif. Un avant-goût d’une révolution olympique qui pourrait redéfinir le tennis de table mondial.